Ce que les français·es pensent des règles

La marque de protections périodiques Dans ma culotte s’est associée à l’institut de sondage Opinion Way pour parler des règles aux français·es. Verdict ? Si la jeunesse sort de plus en plus des sentiers battus, les menstruations restent un sujet tabou. 

L’étude a été réalisée par Dans ma culotte et Opinion Way en août 2021. Elle porte le doux nom de « Réglophobie ». Mais est-ce que ça existe vraiment, la peur des règles ? Oui, à en croire leur représentation. Il y a quelques années en arrière, on nous vendait des tampons blanchis au chlore en nous montrant des femmes en train de vivre leur meilleure vie pendant leurs règles.

Comme dans cette pub par exemple : 

Quid des personnes qui ont des règles difficiles à vivre – près d’une sur deux selon l’IFOP ? Quid des 30% qui serait allergique aux protections jetables classiques ? Et on ne vous parle même pas du fameux sang bleu… Comme si les règles étaient trop « sales » pour être montrées au grand public telles qu’elles sont réellement. Et même si pour la première fois, en 2018, on a vu à la TV un spot publicitaire avec du sang rouge pour représenter les règles (merci Nana), le sujet est encore largement tabou. 

Pour l’étude Réglophobie, Dans ma culotte a choisi d’interroger des adultes – autant de femmes que d’hommes – de 18 ans et plus. 55% des sondé·es pensent que parler des règles en public est inapproprié. Alors bon, qu’on n’ose pas parler de menstruations à la terrasse d’un café c’est une chose… (Même si je trouve personnellement le sujet passionnant…) Mais l’étude révèle également que 33% des français·es n’en parlent JAMAIS, et ça, c’est un vrai problème. 

« La parole libère aussi les règles ! »

En n’en parlant pas, impossible de dédiaboliser et d’éduquer… Pourtant c’est quelque chose de tellement commun. Lors de la divulgation, la semaine dernière, des résultats de l’étude, la cofondatrice de Dans ma culotte Noëlle Papay déclarait : « On vient tou·tes d’une mère qui a eu un jour ses règles ». 46% des français·es pensent d’ailleurs que la mère est la personne référente quant il s’agit des règles. 

L’association Cycloshow-xy organise des rencontres mère/filles pour briser le tabou et les peurs. Marie-Céline Martinot, animatrice de ces ateliers d’éducation affective, relationnelle et sexuelle nous explique : « Ces filles (elles ont 12 ans en moyenne, NDLR) sont dans un marécage d’incertitude. » 

Imaginez : enfant, on associe le sang à la douleur et donc au réconfort parental. Aux portes de l’adolescence on apprend aux filles que bientôt, elles vont saigner « là, en bas », mais qu’il ne faut pas en parler, ou alors à voix basse… C’est comme ça qu’en classe, en 2021, certaines filles parlent d’avoir « leurs équerres » ou « leurs compas », pour ne pas avoir à employer le mot “règles”. WTF France ?!

Le but des ateliers Cycloshow-xy est donc de réinstaurer le dialogue et de faire comprendre aux personnes concernées par les menstruations qu’avoir ses règles, ça n’est pas une catastrophe ! D’ailleurs, l’animatrice Marie-Céline parle des règles avec des étoiles dans les yeux. « Ton utérus n’est pas ton ennemi » clame-t-elle. Elle nous explique qu’il est assez fréquent que dans les semaines qui suivent l’atelier, des participantes aient leurs menstruations pour la première fois. « La parole libère aussi les règles ! ».

Une jeunesse qui brise les codes

Avec l’émergence de compte Instagram comme @regleselementaires ou @menstruationmagazine, un espace de dialogue s’est enfin ouvert. Et pas seulement sur le cycle menstruel, mais sur l’endométriose, le TDPM, le syndrome prémenstruel, le SOPK et j’en passe… Personnellement, c’est sur les réseaux sociaux qu’à 23 ans, j’ai entendu parler pour la première fois ouvertement et honnêtement des règles. Ça fait quand même presque une décennie à vivre dans le flou par rapport à un truc qui m’arrive tous les mois ! 

Au-delà de me rassurer et de m’apprendre plein de choses sur moi-même, entendre parler des règles m’a donné un sentiment d’appartenance. Je me suis dit : « Wow, ok, je ressens ça, ça et ça et je ne suis pas la seule. » Les résultats de l’étude Réglophobie me laissent penser que je ne suis pas la seule à penser ainsi : si 55% des français·es croient encore qu’il ne faut pas parler de règles en public, 70% des 18-24 ans trouvent cela approprié.

Oser faire des règles un sujet de société 

Le chemin vers la libération de la parole a été pavé par des personnalités comme Rupi Kaur. Rappelez-vous, en 2015, elle postait sur Instagram une photo de son pantalon et de son lit tâchés de sang. La photo avait été censurée par la plateforme, ce qui avait fait scandale. Aujourd’hui, la jeunesse se réapproprie son corps et ses réalités, à l’image de Charlotte J. Ward. Cette artiste, membre du @menstruationproject, utilise régulièrement son sang menstruel pour créer. Un moyen pour elle de se reconnecter à sa féminité. 

Récemment, Charlotte a décidé d’inscrire dans son contrat de travail : « je ne travaille pas les 2 premiers jours de mes règles ». D’après un sondage IFOP d’avril 2021, les françaises salariées  sont 68% à être pour l’instauration d’un véritable congé menstruel. Un congé qui existe déjà dans plusieurs pays (Japon, Indonésie, Zambie…) et, depuis peu, dans une entreprise de Montpellier. 

Conclusion de l’enquête Réglophobie ? Y’a encore du taff, mais parler ouvertement des règles fait petit à petit bouger les choses. Parce que franchement, qui a encore envie de s’entendre dire « t’as tes ragnagnas » ou bien « y’a les anglais qui débarquent » ? Surtout qu’ils n’y sont pour rien ces pauvres anglais, il parait que c’est plutôt la faute de Dame Nature…


*Les sondages cités dans cet article sont réalisés sous le prisme de la binarité hommes / femmes.

Clotilde Boudet

Tu vois la meuf qui parle de cul hyper fort en terrasse en mettant parfois ses voisins méga mal à l'aise ? C'est moi. Je m'appelle Clotilde, j'ai 27 ans, je suis parisienne et journaliste spécialisée dans le lifestyle (le style de la life quoi).

A 17 ans je pensais être une rebelle et finalement, je suis devenue un vrai cliché : j'aime plus Paris, je jardine, cuisine, médite, voyage. J'aime mon chat (sauf à 5h du mat, les proprio de félins savent...). Mais SURTOUT, j'aime écrire et débattre et croire qu'avec pas grand chose, chacun à son échelle, on peut changer le monde.

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