Mona Haydar, plus qu’une “rappeuse voilée”

Américaine d’origine syrienne, Mona Haydar est musulmane et porte fièrement le hijab. C’est grâce – ou à cause – de son foulard que la jeune femme se fait connaître en 2017 avec le morceau de rap « Hijabi ». Hier, le 27 mars 2021, on célébrait le « Muslim women’s day » ; à cette occasion Potiche te dresse le portrait de cette rappeuse bad ass.

En 2017 était célébré le premier « Muslim Woman’s Day », une journée dédiée à la mise en lumière des femmes musulmanes. A cette occasion la rappeuse Mona Haydar, alors inconnue du grand public, sortait « Hijabi », un morceau aux sonorités orientales illustré par un clip où la rappeuse, enceinte, yeux de biches et regard sévère, chante son ras-le-bol entourée de sept jeunes femmes voilées : « Ta fascination me fatigue (…) Même si tu le détestes, je vais continuer à mettre mon hijab ». Un texte fort au service de la tolérance.

Bien plus qu’une « rappeuse voilée »

Sur la biographie publiée sur son site officiel, Mona se décrit ainsi : rappeuse, poète, médiatrice, adepte du compost, fille de la montagne, amoureuse de l’énergie solaire, infatigable passionnée de Dieu dévouée à un « activisme sacré » et avocate d’une vie « douce » sur Terre. Bien plus donc que l’étiquette de « rappeuse voilée » que lui ont collé les médias ! 

Née en Arabie Saoudite en 1988, Mona Haydar a grandi dans le Michigan où les familles arabes se comptent sur les doigts d’une main (juste la sienne et une autre). Après avoir obtenu une licence d’anglais à l’université de Flint-Michigan, elle part étudier en Syrie, à Damas, puis s’exile pendant deux ans dans les montagnes du Nouveau Mexique, à la Lama Foundation. Là, elle pratique la méditation, la contemplation et fait des recherches sur l’écologie. En 2018, Mona est acceptée à Harvard mais préfère aller à New York pour étudier la déontologie chrétienne auprès du docteur James Cone : l’un des plus fervents opposants actuels au suprémacisme blanc et au racisme en général, fondateur de la théologie de la libération noire. Boulimique de savoir et fascinée par le spiritualisme, Mona Haydar ne s’arrête pas là, elle va également étudier la religion post-coloniale aux côtés du docteur Claudio Carvalhaes et le lien entre religion et écologie auprès du docteur Larry Rasmussen. 

Café, donuts et dialogue contre l’islamophobie

Le morceau « Hijabi » est rapidement devenu viral mais il a surtout permis d’ouvrir le débat. En parallèle, Mona Haydar travaille, avec son mari, à déconstruire les stéréotypes sur les musulman·es. Avec la campagne « Ask a muslim » (demande à un.e musulman.e) elle crée un lien entre la communauté musulmane américaine et les autres à une époque où, suite aux attentats de Paris, triplent aux USA. Dans la rue, la rappeuse, habillée de cet hijab qui la stigmatise tant, offre café et donuts aux passant.e.s ouvert.e.s au dialogue. Dans une interview à AJ+ Mona admet qu’il est difficile de devoir se « justifier » ainsi, car les musulman.e.s « sont juste des êtres humains qui s’avèrent aussi être musulmans » et qu’ils souffrent, comme les autres, du terrorisme.

Mona Haydar

« I believe that every cause is my cause »

Un an après, Mona sort son EP « Barbarican » dans lequel elle évoque, sans tabou ni langue de bois, les difficultés d’être une arabe musulmane dans les Etats-Unis d’aujourd’hui. Celle dont la voix a résonné dans l’Amérique de Donald Trump l’assure, elle n’est l’ennemie de personne, elle milite simplement pour ce qui lui semble juste et affirme « I believe that every cause is my cause » (Je pense que chaque cause est ma cause). Ainsi, on la retrouve au côté des indigènes américains de la réserve Sioux de Standing Rock alors que ces derniers protestent contre la construction d’un pipeline sur leurs terres. Féministe, humaniste, écologiste… Mona Haydar est sur tous les fronts, intersectionnelle dans ses idées et ses combats. 

En mai 2019 elle donnait, à l’occasion du Lallab Festival, à la Bellevilloise, son tout premier concert en France. Après avoir appris que le voile intégral était interdit dans l’Hexagone, la rappeuse s’exclamait sur scène : « Excuse my french, but what the fuckery kind of liberté is that ? » [Excusez mon français, mais c’est quel genre de putain de liberté ça ?]. Un concert placé sous le signe de la tolérance par une artiste qu’on admire et qu’on adore d’assumer sa féminité, sa différence et sa foi.

Clotilde Boudet

Tu vois la meuf qui parle de cul hyper fort en terrasse en mettant parfois ses voisins méga mal à l'aise ? C'est moi. Je m'appelle Clotilde, j'ai 27 ans, je suis parisienne et journaliste spécialisée dans le lifestyle (le style de la life quoi).

A 17 ans je pensais être une rebelle et finalement, je suis devenue un vrai cliché : j'aime plus Paris, je jardine, cuisine, médite, voyage. J'aime mon chat (sauf à 5h du mat, les proprio de félins savent...). Mais SURTOUT, j'aime écrire et débattre et croire qu'avec pas grand chose, chacun à son échelle, on peut changer le monde.

Les derniers articles

Inscris-toi à la newsletter !

Sur le même sujet...