Indya Moore, mannequin transgenre aux multiples facettes

Indya Moore, actrice et mannequin transgenre à la notoriété grandissante, s’engage pour une meilleure représentation de la communauté LGBTQ+ sur nos écrans. Portrait d’une femme pour qui les rêves ne sont jamais trop grands.

Indya Moore portrait
Illustration : Resonantia

Née le 17 janvier 1995, Indya Moore grandit dans le Bronx, un quartier new-yorkais. Très vite, elle est confrontée à des difficultés liées à sa transidentité. A 13 ans, elle fait son coming-out trans auprès de sa famille. Mais ses parents, témoins de Jéhovah, ne la soutiennent pas.

« Parce que je suis née avec un sexe masculin, mes parents attendaient de moi que je sois masculine. Que je me comporte comme la majorité des petits garçons. Et ce n’était pas mon cas. Ils ne me comprenaient pas, ils ne savaient pas ce que c’était que d’avoir une personne queer dans leur entourage […] Ils m’aimaient beaucoup mais ils n’arrivaient pas à reconnaître mon identité. Mes parents pensaient que j’étais en danger à cause de ma façon d’exister », confie-t-elle lors d’interviews données pour le magazine Elle américain et le New York Post.

L’incompréhension de ses parents qui cherchent sans cesse « à la guérir » pousse Indya à quitter la maison familiale à 14 ans. Elle passe alors de famille d’accueil en famille d’accueil, subissant à chaque fois des violences. A 15 ans, elle sort du système scolaire après avoir été victime de harcèlement pendant des années. La jeune adolescente débute alors une carrière dans le mannequinat grâce à un ami photographe. « En grandissant, les gens me disaient “Oh, tu devrais être mannequin”. Je ne pensais honnêtement pas que ce serait possible pour une femme trans racisée », raconte celle aux origines portoricaines et dominicaines à Afropunk. A l’époque, Indya Moore pose notamment pour Dior et Gucci.

D’une tentative de suicide à la Fashion Week

Malgré ces réussites, Indya souffre toujours de nombreuses violences dans sa vie personnelle. Abusée, victime de trafic sexuel et même battue quand on découvre qu’elle est transgenre, elle est à bout. A 19 ans, elle fait une tentative de suicide mais la corde lâche. Elle y voit un signe. Après cela, elle se choisit une famille et intègre la Maison Xtravaganza. Une sorte de système communautaire d’entraide qui sert de famille alternative pour les personnes victimes de discriminations.

Au sein d’Xtravaganza, on l’initie à la culture des balls. Un phénomène de sous-culture LGBT+ aux États-Unis dans lequel les personnes entrent en compétition lors d’événements désignés comme des « balls ». Cet univers est difficile pour la jeune femme. « J’en ai fait un, j’ai été saquée, je n’y suis jamais retournée. Je n’étais pas aussi forte que les autres filles, raconte Indya pour Grazia. Personne ne devrait penser que quelque chose n’est pas fait pour soi parce qu’elle a échoué une fois. Les échecs sont ce qui vous donne vos plus beaux succès si vous apprenez d’eux. »

Capture écran compte instagram @indyamoore

Si elle aime être mannequin, Indya ne perd pas de vue son objectif : devenir actrice. Grande fan de science-fiction et d’Angelina Jolie, elle veut travailler dans le divertissement. « J’aime divertir, rendre les gens heureux, les faire se sentir bien. C’est ce qui m’a fait réaliser que je voulais en faire mon métier. Je ne pensais pas que ce serait possible, à cause de qui je suis. Personne ne m’a dit que je pourrais. Et pourtant… », se rappelle-t-elle dans un article de Vivre Trans.

Elle enchaîne donc les contrats, se faisant notamment photographier pour Vogue Espagne. « J’ai souvent été la première mannequin transgenre à poser pour beaucoup de compagnies », assure-t-elle lors d’une interview à People. En 2017, alors qu’elle vit dans une auberge de jeunesse, elle participe à la Fashion Week de New-York pour la marque OAK. La même année, elle interprète son premier rôle dans le film Saturday Church. Elle y joue Dijon, une jeune transgenre new-yorkaise. Des premiers pas timides dans l’univers du cinéma mais qui lui donnent envie de faire plus.

Propulsée comme révélation artistique transgenre

La consécration arrive l’année suivante. Lorsqu’elle décroche le rôle d’Angel Evangelista dans la série Pose de Ryan Murphy, sortie en 2018. Indya y incarne une femme transgenre prostituée portoricaine qui s’éprend d’un golden-boy de Wall Street marié et père de famille. Ce drame, récompensé aux Golden Globes, présente le casting avec le plus de personnes trans de l’histoire de la télévision. La série fait écho aux passés de ses actrices. Elle révèle en effet les nombreux obstacles rencontrés par la communauté LGBTQ+ dans notre société.

Capture d’écran compte instagram @popculturef4shion

« Lorsque vous regardez la vie d’Angel, je veux que vous pensiez aux innombrables femmes noires et trans qui ont été détruites sans raison », déclare Indya sur son Twitter. Soucieuse de ce que les personnes transgenres endurent, l’actrice dédie sa performance dans Pose à Naomi Hersi. Une femme transgenre somalienne assassinée dans un hôtel londonien en mars 2018. Sa participation à la série lui permet aussi de renouer avec sa famille.

Dans les médias, elle apparaît comme la révélation artistique transgenre de l’année 2019. Elle devient aussi la première artiste transgenre à faire la couverture du magazine Elle américain en juin 2019. Dans l’interview qui accompagne la couverture, Indya précise qu’elle se définit comme non binaire. Ainsi, elle préfère l’emploi du pronom personnel « they » (singulier) à son sujet. Même si la plupart des personnes de son entourage utilise le pronom féminin « she ».

capture écran compte instagram indya moore
Capture écran compte instagram @indyamoore

Si Indya Moore raconte son histoire, ce n’est pas pour attirer la pitié, qu’elle a en horreur. Mais bien pour faire connaître les violences subies par les membres de la communauté LGBTQ+. Cette femme d’affaires avisée met en effet sa notoriété à profit pour mettre en lumière les anonymes qui chaque jour subissent des discriminations. Elle est donc très engagée pour les droits des personnes LGBTQ+. Ses réseaux sociaux lui servent à prendre la parole et rendre hommage aux femmes trans assassinées.

« Alors que nous représentons 0,6% de la population américaine, l’espérance de vie des femmes transgenre est seulement de 35 ans », a-t-elle déploré dans son discours prononcé au Fashion Media Awards. Parce qu’être transgenre en 2020 est encore une question de vie ou de mort. Le site Transgender Day of Remembrance dénombre en effet 432 personnes transgenres mortes entre le 1er octobre 2019 et le 30 septembre 2020 dans le monde entier, dont 53 aux États-Unis. Plus des trois quarts sont décédées des suites de violences.

Porte-parole des discriminations subies par la communauté LGBT+

Égérie de Louis Vuitton, elle a aussi monté sa propre société de production : Bettlefruit Media Inc. Son but : créer de nouveaux rôles sur (et pour) les personnes marginalisées. « J’écris et j’ai envie de créer des projets pour les autres, pour leur offrir davantage d’opportunités, au-delà du genre. Je veux qu’on nous voie comme des êtres humains, explique-t-elleà Grazia. Je n’oublie pas que des dizaines de militants trans sont morts pour voir des gens comme moi en arriver là. Pour créer du changement. Demander qu’on soit vus, entendus, en sécurité, qu’on puisse exister. »

Elle veut montrer que l’amour n’a pas de frontières ni de couleurs. Et veut se servir de ses rôles pour cela. « J’aimerais que l’industrie arrête d’associer l’identité trans au sexe. Je veux aussi interpréter une mère, une super-héroïne, un personnage qui a du pouvoir et s’en sert pour avoir une influence positive, quelqu’un qui dépasse les conventions, qui démolit l’ordinaire et les traditions. Je veux voir des gens de couleur s’aimer à la télé, et un public blanc s’identifier à elles », précise-t-elle à Vivre Trans. Actuellement, l’actrice ne compte qu’un seul projet où elle n’incarne pas une prostituée : le rôle d’une femme cisgenre dans la série Magic Hour, librement inspirée de Frankenstein de Mary Shelley. Dont elle est elle-même la productrice exécutive.

La mannequin transgenre n’hésite jamais à prendre position et affirmer publiquement son avis. Elle a d’ailleurs été une personne importante lors de la signature historique en 2019 de la Gender Expression Non-Discrimination Act » de New York (« Acte de non-discrimination sur l’identité de genre », en français). Elle défend l’intersectionnalité des luttes, l’écriture inclusive, les travailleuses du sexe et souhaite voir plus d’hommes trans représentés dans les films et publicités. Aujourd’hui, elle est reconnue comme une véritable porte-parole de la communauté LGBTQ+.

Mais elle est aussi consciente de ses privilèges. « Je reste quelqu’un de mince, je peux passer pour quelqu’un de normatif, ma peau est relativement claire, et la texture de mes cheveux est celle que beaucoup de monde préfère voir lorsqu’il est question de cheveux noirs. La représentation des personnes marginalisées ne devrait pas commencer ni s’arrêter à ceux d’entre nous qui ont l’air privilégiés, parce que dans ce cas, on ne fait que reproduire les valeurs de la suprématie blanche », affirme-t-elle dans une interview donnée à I-D Vice.

Actrice, mannequin ou encore militante, Indya Moore a donc plusieurs cordes à son arc. Cette jeune femme a su contourner les obstacles pour créer sa voie et s’épanouir. Elle est de celles qui vous font croire que tout est possible. Qu’aucun rêve n’est jamais trop grand quand on le veut vraiment.

Yleanna

Après trois années d'études de journalisme, j'ai fait un service civique en Équateur dans une association luttant contre les violences faites aux femmes.
Mon féminisme s'est construit aux côtés de ces femmes et de ma mère, présidente d'asso.

Grande gueule, j'adore les débats. Je suis aussi végétarienne, fan des gros chiens et de l'odeur des livres neufs. Et mes amies vous diraient que je suis une danseuse hors pair !

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