Pandémie au Québec : une situation aggravée pour les personnes LGBTQI+

Entre isolement et manque de ressources, les personnes issues des minorités sexuelles et de genre se heurtent à de nouvelles problématiques.

La discrimination à l’encontre des personnes LGBTQI+ a augmenté en Europe et en Asie centrale dans le contexte de la COVID-19, affirme le rapport annuel de la fédération ILGA-Europe, publié mardi 16 février. Au Québec, la pandémie a également soulevé de nouveaux enjeux pour la communauté.

Frontières fermées pour les demandeurs d’asile

À l’international, certaines personnes issues des minorités sexuelles ou de genre sont persécutées. Il n’est pas rare que des personnes rejoignent le Québec pour fuir les violences perpétrées à l’encontre de la communauté LGBTQI+.

Au Centre communautaire LGBTQ+ de Montréal, Valérie Ayotte-Bouchard travaille avec les personnes arrivées au Québec qui font une demande d’asile en raison de discriminations au niveau de l’identité de genre ou de l’orientation sexuelle. « Il y a des personnes qui ont essayé de faire des demandes et qui ont été refoulées au niveau de la frontière, explique-t-elle. La fermeture a mis la vie des gens en danger. Pendant le confinement, on recevait beaucoup de courriels de l’international expliquant que les violences avaient augmentées. Malheureusement on ne peut rien faire tant que les personnes ne sont pas arrivées sur le territoire. »

« La fermeture des frontières a mis la vie des gens en danger. »

La conséquence aujourd’hui, c’est un débordement au niveau de l’immigration. « Les papiers d’immigration sont parfois expirés parce qu’Immigration Canada n’a pas eu le temps, ni les ressources pour les renouveler, donc, parfois, les demandeurs d’asile se voient refuser des services à cause de cette expiration. »

En Pologne, plusieurs personnes sont rassemblées devant la Cour provinciale à Plock, le 13 janvier 2021. Elles manifestent contre le procès de trois militantes, arrêtées pour avoir auréolé une image de la Vierge Marie avec un arc-en-ciel. Le rapport d’ILGA-Europe y fait référence. (crédit : Presse Canadienne)

Isolement des jeunes

Pour beaucoup de jeunes LGBTQI+, l’isolement lié au confinement a eu un impact négatif, notamment sur leur santé mentale. Dans certains cas, l’environnement familial n’est pas un espace sécuritaire pour affirmer son identité. “Pour la plupart de nos jeunes, c’est important de se rendre à l’école ou dans un groupe de soutien pour avoir un sens de communauté”, partage Otto Vicé, directrice exécutive de Projet 10, un organisme communautaire travaillant pour le bien-être de la jeunesse LGBTQI+.

Les activités en présentiel ayant cessées, il est difficile de garder ce lien. Comme le précise Michèle Brousseau, de l’association Gris-Montréal : « Quand on n’est pas out à la maison, avec nos parents, c’est compliqué d’assister à des activités sur Zoom. »

Pour celles et ceux qui ne vivent plus chez leurs parents, c’est sur le plan financier que c’est difficile. « La plupart des jeunes LGBTQI+, ici à Montréal, travaillent dans l’industrie des services, affirme Otto Vicé. Et ces emplois-là sont les plus touchés par les fermetures. »

Elle explique que les pensées suicidaires représentent une problématique récurrente chez ces jeunes. « La plupart de nos jeunes ont déjà pensé au suicide même avant la pandémie, mais depuis, ça s’empire, souligne la directrice. Plusieurs personnes sont vraiment isolées en ce moment. »

Des aides communautaires entravées par les mesures sanitaires

Au-delà des activités de groupe rendues impossibles, la situation sanitaire a compliqué la mission des organismes communautaires. « On a toujours eu des préservatifs, du matériel de réduction de risques pour les drogues dans nos bureaux. Maintenant, on utilise un système de livraison, mais encore faut-il qu’ils aient une maison dans laquelle ils peuvent recevoir tout ça », déplore Otto Vicé, en faisant référence aux jeunes qui dépendent de leurs parents, tout en restant discrets concernant leur sexualité.

Pascal Vaillancourt est directeur général chez Interligne, un service d’écoute destiné aux personnes issues de minorités sexuelles et de genre. Il rapporte que pendant les périodes de confinement, les appels ont augmenté de 30 à 40 %. « On a aussi constaté une augmentation des situations de violences », déclare-t-il.
Interligne redirige les personnes qui demandent de l’aide vers les ressources adéquates. Mais ces ressources, comme les centres d’hébergement, ont fermé leurs portes lors du premier confinement, limitant le rôle de la plateforme d’écoute. « Pendant la première partie de la pandémie, ça a été très difficile, partage Pascal Vaillancourt. On a ressenti beaucoup d’impuissance parce qu’on ne pouvait pas diriger les gens vers des ressources ouvertes. »

Marius

Moi c'est Marius, journaliste en herbe qui étudie le métier à l'Université du Québec à Montréal. Originaire de Touraine, j'ai aujourd'hui la chance d'étudier à l'étranger et de manger des poutines.

J'suis ton pote qui graille le dernier gâteau apéro sans scrupule, qui fait DJ en soirée et qui reproduit des TikToks un peu cringe. J'écoute jamais de podcasts mais j'aimerais vraiment en tenir un.
Pro-black, pro-queer, pro-hoe, procrastinateur et tous les autres.

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