Pakistan : les tests de virginité imposés aux victimes de viol jugés illégaux par un tribunal régional

Trigger warning : Dans cet article, nous parlons de sujets sensibles en référence à des viols et des agressions sexuelles. Les tests de virginité que nous évoquons peuvent également raviver des traumatismes.

La Haute Cour de Lahore au Pakistan a jugé illégaux les tests de virginité pratiqués sur les victimes de viol. Cette pratique, courante dans le pays, suscite de nombreuses polémiques depuis des années. La décision judiciaire du 4 janvier 2021 est un premier pas vers l’interdiction nationale de ces examens misogynes.

Tingey Injury Law - Unsplash
Photo : Tingey Injury Law – Unsplash

Une bonne nouvelle pour les Pakistanaises en ce début d’année ! Le 4 janvier dernier, la Haute Cour de Lahore, dans la province du Penjab, a déclaré illégale la pratique des tests de virginité sur les victimes de viol. Cette décision historique s’inscrit dans la volonté du gouvernement pakistanais de renforcer ses lois de répression des viols.

En 2018, le Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme, ONU-Femmes et l’Organisation Mondiale de la Santé ont répertorié pas moins de vingt pays dans lesquels les tests de virginité étaient toujours pratiqués. Et le Pakistan en fait partie. En effet, ces examens sont monnaie courante dans ce pays où la virginité d’une femme est synonyme de sonhonneur. 

Ces examens ont lieu en deux temps. Tout d’abord, une auscultation visuelle de l’hymen. Il s’agit de vérifier si cette fine membrane située à l’ouverture du vagin est déchirée ou d’évaluer son degré d’ouverture. Puis, ce qu’on appelle familièrement le « test des deux doigts ». Ce dernier consiste à insérer deux doigts dans le vagin pour voir s’ils “entrent facilement”. Le plus souvent, cette pratique est réalisée par des médecins, des agents de police ou des chefs de communauté. Et bien entendu, sans le consentement de la personne auscultée. Elle est considérée comme un élément central de toute enquête policière. 

Tests de virginité : une pratique invasive et traumatisante

Les tests de virginité reposent sur une croyance populaire misogyne et fausse. Celle qui voudrait qu’une femme active sexuellement est « moins susceptible » de se faire agresser, ou d’être violée. En octobre 2020, l’avocat Saroop Ijaz alertait sur ces examens sur le site Human Right Watch. « Les examens de virginité font depuis longtemps partie des procédures pénales au Pakistan. La police et les procureurs ont utilisé ces tests pour accuser les victimes de viol de rapports sexuels illégaux et les traiter comme des criminelles. » 

Le jugement rendu par le Ministère du Droit et de la Justice pakistanais représente donc une réelle avancée. Il devrait améliorer les enquêtes et la prise en charge des victimes de viols et d’agressions dans le pays. Car, au Pakistan, le sexe avant le mariage est un crime passible de cinq ans d’emprisonnement, pour les femmes comme pour les hommes. Toutefois, la jurisprudence est plus sévère lorsqu’il s’agit d’une femme. A cela s’ajoute la faiblesse des lois et la complexité des procédures qui n’incitent donc pas les centaines de Pakistanaises victimes de viol chaque année à dénoncer les faits. Selon les chiffres officiels, seulement 0,3% des cas de viol débouchent sur une condamnation…  

« Les tests de virginité constituent une agression contre la dignité des femmes victimes. Ils sont donc contraires au droit à la vie et au droit à la dignité en vertu de l’article 14 de notre Constitution », écrit la Haute Cour de Lahore dans son jugement. D’autant qu’en plus d’être particulièrement invasifs et traumatisants, ces tests de virginité n’ont aucune valeur scientifique.  

Une lueur d’espoir pour une interdiction nationale

En effet, ils se basent sur la théorie selon laquelle la présence d’un hymen est la preuve formelle d’une absence de rapports sexuels. Sauf qu’il est très facile de le « rompre » sans pour autant avoir eu des relations sexuelles avec pénétration. Monter à cheval, faire du vélo ou même la pratique du yoga peuvent aussi entraîner sa déchirure. Sans compter que certaines personnes naissent tout simplement sans. D’ailleurs, le terme même de « virginité » n’est ni médical, ni scientifique. Il s’agit d’« une construction sociale, culturelle et religieuse », comme le rappelle l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS).  

Bien qu’elle ne s’applique que régionalement, l’interdiction des tests de virginité au Lahore représente une lueur d’espoir pour les défenseuses des droits des femmes. Ces dernières espèrent qu’elle établira un précédent et permettra ainsi une interdiction nationale. En effet, depuis décembre 2020, une nouvelle loi prévoit la castration chimique des violeurs et interdit le « test des deux doigts » dans tout le pays. Mais elle n’interdit pas l’examen visuel de l’hymen. 

Le jugement de la Haute Cour de Lahore, qui vise donc les deux actes décrits plus tôt, semble indiquer que le pays emboîte le pas de ses voisins. L’Inde a interdit ces examens en 2013 et le Bangladesh en 2018. Mais le chemin est encore long au Pakistan, où une grande partie de la société vit toujours sous un code patriarcal…  

Yleanna

Après trois années d'études de journalisme, j'ai fait un service civique en Équateur dans une association luttant contre les violences faites aux femmes.
Mon féminisme s'est construit aux côtés de ces femmes et de ma mère, présidente d'asso.

Grande gueule, j'adore les débats. Je suis aussi végétarienne, fan des gros chiens et de l'odeur des livres neufs. Et mes amies vous diraient que je suis une danseuse hors pair !

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