Marjorie Taylor Greene : le violent héritage du trumpisme

Dans son clip de campagne, elle explose à coup de fusil le socialisme, l’écologie, les frontières ouvertes et le contrôle des armes à feu. Boulet à la cheville de son parti, l’élue républicaine Marjorie Taylor Greene se revendique du trumpisme et de ses outrances. Des positions qui ne font pas l’unanimité, et sèment la zizanie dans les rangs conservateurs.

Aux États-Unis, il est plus courant qu’en France que les personnalités politiques adoptent ouvertement des positions jugées extrêmes chez nous : anti-choix revendiqués, défenseurs des armes à feu voire du suprémacisme blanc, comme de nombreux Républicains. Pourtant, même ces courants agressifs et liberticides ont leurs limites. Et Marjorie Taylor Greene semble les avoir franchies.

Fille d’un entrepreneur dans le BTP dont elle a hérité de l’entreprise, puis reconvertie dans le business du cross-fit, cette élue au Congrès âgée de seulement 46 ans suscite actuellement la polémique outre-manche. En cause, ses prises de position haineuses et impulsives. Dans la droite lignée de son mentor : Donald Trump.

Diffamer et moquer ses opposant.es

Trump se moquant d’une personne en situation de handicap ou de Greta Thunberg reflétait la dissolution de l’empathie dans les représentations politiques américaines. Avec Marjorie Taylor Greene, on a droit à des photomontages appelant à la mort des élues emblématiques de la gauche démocrate : la célèbre Alexandria Ocasio Cortez, mais aussi les deux élues de confession démocrate, Ilhan Omar et Rashida Tlaib. La photo a été supprimée par Facebook pour violations des règles de la communauté dans les heures suivantes.

Capture d’écran du compte de Marjorie Taylor Greene sur Facebook
Capture d’écran du compte de Marjorie Taylor Greene/Facebook

En 2019, elle a même pourchassé David Hogg, survivant de la tuerie de Parkland, pour le harceler de questions sur ses positions anti-armes à feu ou ses ressources financières. Son interlocuteur restant de marbre, la réaction de Marjorie Greene se fit entendre, insultant l’adolescent de “lâche”. La vidéo, re-publiée jeudi 28 janvier 2021 par David Hogg lui-même, date de 2019. Suite à sa diffusion, le collectif March for Our Lives, fondé après la tuerie de Parkland en février 2018,  a lancé une pétition en réclamant la démission de l’élue du Congrès.

Dans cette autre vidéo, le journaliste Trevor Noah du Daily Show délivre un rapide récapitulatif des appels à la violence ou à la mort qu’elle a proférés à l’encontre de divers opposant.es démocrates. On y découvre aussi des extraits de vidéos Facebook où elle demande aux musulmans de “retourner à La Mecque pour prendre autant d’épouses et de chèvres qu’ils le souhaitent”, mais où elle déclare aussi que “la communauté la plus maltraitée aujourd’hui aux États-Unis, ce sont les hommes blancs”.

Une nouvelle figure de la post-vérité

Adepte de la communauté sectaire Qanon, Marjorie Taylor Greene a véhiculé de nombreuses théories complotistes sur ses réseaux sociaux, avant de se rétracter pour les besoins de sa campagne : fraudes électorales, complots autour du 11 septembre et des incendies de 2018 en Californie… L’Américaine maintient également que Trump est le seul rempart contre les sectes pédocriminelles satanistes tenues par les dirigeants américains à travers le pays, une théorie fumeuse qui cimente QAnon.

Proche de Trump qu’elle a rencontré dans sa propriété de Floride, il l’a décrite comme une “vraie gagnante”, formulation habituelle du milliardaire concernant ses adeptes et partisans. Le manque de scrupules de l’élue n’était donc pas une embûche dans son soutien à l’homme d’affaires suite à sa défaite à la dernière présidentielle. 
L’élue ayant prétendu que le scrutin présidentielle en Géorgie avait été truqué, Twitter avait suspendu son compte durant plusieurs heures. Après l’invasion du Capitole le 6 janvier dernier, Marjorie Taylor Greene a réitéré son soutien à Trump et n’a pas hésité à rejeter la faute sur “la rhétorique des Démocrates”, provoquant l’ire de ses adversaires. Elle manifesta également son appui à Trump lors de sa prise de serment au Congrès fin janvier, portant un masque sur lequel était écrit “Trump won” [Trump a gagné].

Marjorie Taylor Greene au Congrès le 30 janvier 2021 pour prêter serment
Arrivée de Marjorie Taylor Greene au Congrès le 30 janvier 2021 pour prêter serment – Crédits photo : Reuters.

De son côté, la Republican Jewish Coalition a publié récemment un communiqué condamnant le comportement de l’élue et rappelant qu’elle s’opposait à sa candidature en 2020, “en raison de ses discours” et de “sa promotion des théories complotistes”. Un exemple parmi d’autres des litiges qu’elle cause au sein de son propre parti.

Un cas complexe pour le camp républicain

Après quatre années marquées par le règne de Trump, qui n’avait aucun opposant aux primaires républicaines, le Grand Old Party peine à retrouver une ligne directrice et des figures de proue. Difficile aussi de gérer des personnalités aussi inflammables que celle de Marjorie Taylor Greene.

Marqué de l’empreinte de Trump, son parti peine à faire régner l’ordre et l’unité dans ses rangs. Épaulée par ce mastodonte toujours influent, Marjorie Taylor Greene est quasiment inattaquable parmi les siens. Comme l’écrit la journaliste Lucie Bras pour 20minutes, “s’attaquer à elle, c’est s’attaquer à l’héritage encore vivace de l’ancien président”. 

Ces révélations ont poussé Jimmy Gomez, un élu démocrate de Californie, à présenter une résolution demandant son expulsion du Congrès ; une cinquantaine de ses collègues se sont dits prêts à le soutenir mais la démarche a peu de chances de réussir. Si la Constitution permet aux deux chambres du Congrès de sanctionner leurs membres (article I, clause 5, section II), l’expulsion de l’un d’eux nécessite une majorité des deux tiers pour être adoptée. Cette procédure a été utilisée vingt fois dans l’histoire, rappelle CNN, et la dernière fois en 2002.

Des actions auxquelles l’élue a réagi d’une manière digne de son mentor, désignant ses opposant.es comme “une bande de radicaux” et les “médias menteurs”, luttant contre le peuple et la vérité. Une verve habituelle du populisme américain contemporain.

Le chef des Républicains du Sénat, Mitch McConnel a par la suite qualifié sa compatriote de “cancer” pour le Parti Républicain, la désignant indirectement par ses positions : “La personne qui a suggéré qu’il n’y avait peut-être pas d’avion qui s’était écrasé sur le Pentagone le 11 septembre, que les épouvantables fusillades dans les écoles avaient été mises en scène, que les Clinton sont responsables du crash de l’avion de JFK Jr. ne vit pas dans le monde réel”.

L’intéressée a répliqué en dévalorisant les Républicains ayant admis la défaite de Trump : “Le vrai cancer du Parti républicain, ce sont les républicains faibles qui ne savent que perdre avec grâce. C’est pourquoi nous sommes en train de perdre notre pays”.

Et ces propos semblent approuvés par les supporters du parti républicain : la côte de popularité de Marjorie Taylor Greene a augmenté auprès d’eux de 10 points. Presque autant que celle de Kevin McCarthy (22 points le concernant), le chef des républicains au Congrès, qui a refusé de sanctionner sa consœur pour ses positions complotistes et violentes… et lui aussi opposé à l’approbation des résultats de la dernière élection présidentielle. Un axe pro-Trump virulent qui paye. Et qui questionne les suites de la démocratie américaine.

Lara Baranowski

Grande fan de Simone de Beauvoir, Gloria Steinem et Kim Kardashian, j’écris le mieux quand je suis indignée ou concernée.

Bénévole au Planning familial et diplômée en Lettres, j’aime beaucoup lire des ouvrages féministes et regarder des télé-réalités américaines.

J’ai autant la phobie des souris que des tueurs en série.
J’ai fait du quad une fois dans ma vie.

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