La présidence Biden : le renouveau par la rupture

L’élection de Joe Biden le 3 novembre 2020 aux Etats-Unis a sonné comme un véritable renouveau politique, illustré par sa cérémonie d’investiture. Le nouveau président compte bien unifier le pays. Un mandat qui s’annonce alors sous le signe de la diversité et de l’inclusivité.

« You can grab ’em by the pussy » se vantait Donald Trump à Billy Bush en 2005. Une manière pour lui d’affirmer un pouvoir viril et patriarcal, où tout corps féminin revient de droit aux hommes puissants. Opposé à l’IVG, insultant une journaliste au prétexte qu’elle aurait ses règles, ami proche du milliardaire Epstein impliqué dans des affaires de détournement de mineur.es, la présidence de Trump a été marquée par les atteintes à la dignité des femmes et des minorités. Son successeur à la Maison Blanche, le démocrate Joe Biden, a déjà démontré une volonté de rompre avec cette époque.

En août dernier, alors que Joe Biden vient de nominer Kamala Harris comme Vice-Présidente, les médias américains s’emballent : sera-t-elle la première femme à atteindre ce poste, qui plus est non-blanche ? Un enthousiasme partagé en France, dont les journalistes n’avaient pourtant pas tant célébré l’inclusivité que représentait l’arrivée de Christiane Taubira au poste de Garde des Sceaux en 2012.

En raison de l’âge avancé de Biden (78 ans), le poste de Vice-Présidente de Harris est primordial. D’ordinaire, il est surtout à leur charge de représenter les États-Unis à l’étranger, ou d’élargir l’influence des votes du candidat présidentiel. En cas d’égalité au Sénat, le vote du Vice-Président permet aussi de départager les décisions sur les textes législatifs. Mais sous ce mandat, l’importance de Harris dépassera certainement ses fonctions. Un premier signe d’avancée inclusive.

Une cérémonie se voulant apaisante et unificatrice

Si le poème “Still I rise” écrit et récité par Maya Angelou lors de la première investiture de Bill Clinton est resté célèbre, cela sera sûrement aussi le cas de celui d’Amanda Gorman, “The Hill we climb”. Sixième poète invitée pour une investiture présidentielle, elle a répondu au thème de Biden “America United” avec des termes puissants et évocateurs : “We are fighting to compose a country committed to all cultures, colors, characters, and conditions of humans» [Nous nous battons pour créer un pays engagé envers toutes les cultures, les couleurs, les caractères et les conditions de l’humain]. Féministe et anti-raciste, le choix de Biden, sur les conseils de son épouse Jill Biden, n’était pas anodin. 

Les volontés du nouveau président ont été clairement annoncées : concilier, rassembler, unifier. “This is democracy’s day. (…) The will of the people has been heard. (…) I will be a President for all Americans. All Americans.” [C’est le jour de la démocratie. La volonté du peuple a été entendue. Je serai un Président pour tous les Américains. Tous les Américains.] a-t-il insisté, en rupture totale avec les paroles et agissements de Trump. L’ancien président américain, connu pour ses provocations et diverses éructations, n’avait en effet cessé d’intensifier les divisions nationales au cours de son mandat. 

La vidéo du discours de Joe Biden dans son intégralité

Le reporter Philippe Corbé l’explique dans son podcast Photo Op, en se faisant figure de proue de la mouvance de la post-vérité, Trump a été l’instigateur d’une ère du soupçon, où les désaccords étaient intensifiés par l’incapacité à faire confiance aux dires de l’autre. En tonitruant “Fake News ! You are Fake news !” [Infox ! Vous véhiculez des infox !] à tous les journalistes étant en désaccord avec lui, Donald Trump a participé à intensifier l’importance des émotions face à celle des faits. Ce n’est donc pas anodin que Biden se présente comme une figure fédératrice, souhaitant représenter toute l’Amérique, et pas seulement ses supporters.

Ici une courte compilation datée de 2017 d’une conférence de presse où Donald Trump n’a cessé de contredire les journalistes avec provocation :

Ici une courte compilation datée de 2017 d’une conférence de presse où Donald Trump n’a cessé de contredire les journalistes avec provocation

La cérémonie d’investiture du nouveau président américain a été ponctuée de moments et personnages clés. Vide de tout public pour cause de Covid, le démocrate a néanmoins invité à chanter deux grandes stars américaines : Jennifer Lopez et Lady Gaga. 

La première est une célèbre figure latino-américaine, revendiquant fièrement ses origines hispaniques. La seconde est connue pour ses positions affirmées en faveur des droits des personnes LGBTQI+. Des personnalités bien éloignées de Trump, qui déclarait en 2015 que les latino-américains étaient des violeurs (ironique lorsque l’on connait les accusations de violences sexuelles pesant contre le milliardaire), ou qui a multiplié les attaques contre la communauté queer.

Un gouvernement se revendiquant de la diversité américaine

Commençons par de simples chiffres : 48% de femmes et 52% de personnes non-blanches, ce qui constitue un gouvernement inédit, encore plus inclusif que celui d’Obama. L’équipe de communication est 100% féminine, ce qui est aussi novateur.

Parmi les nominations notables, on souligne celle de Debra Haaland, Amérindienne issue de la tribu Pueblo du Nouveau-Mexique. Elle est, avec Sharice Davids, la première Amérindienne à avoir été élue au Congrès.  Promue par Biden au gouvernement en tant que secrétaire chargée des ressources intérieures, seul un autre Amérindien avait occupé un poste comparable : Charles Curtis, vice-président de Herbert Hoover entre 1929 et 1933. 

En nommant une femme transgenre à la santé, Biden témoigne de son soutien à une communauté dont les droits sont régulièrement bafoués, au nom de pseudo préceptes biologiques. Chargée de la gestion de la crise du Covid-19 dans son État de Pennsylvanie, Rachel Levine a notamment activement défendu le port du masque dans la lutte contre la pandémie. Une personnalité bien éloignée des arguments anti-masque de Trump et ses supporters.

Gardant certainement en mémoire les événements racistes ayant frappé le cœur de la Défense américaine, Biden a choisi Lloyd Austin pour prendre la tête du Pentagone. Soldat reconnu ayant servi son pays durant plus de quatre décennies, il a été en 2013 le premier Afro-américain en charge du commandement de l’armée américaine. Il est aujourd’hui le premier à prendre la tête du Département de la Défense américain. 

Et finalement, on retiendra la nomination d’Antony Blinken, nouveau ministre des Affaires étrangères, une figure de la diplomatie traditionnelle qui tranche avec l’irrévérence de Trump envers les institutions.

Que ce soit à travers ses choix de Vice-Présidente, déroulé de cérémonie d’investiture ou composition gouvernementale, Joe Biden a tenu à se démarquer par sa volonté de représenter l’unité et la diversité américaine. Une politique d’inclusivité qui le rapproche de l’aile gauche multi-ethnique du parti démocrate américain, où brille déjà une jeune star de la politique américaine : Alexandria Ocasio-Cortez. Une potentielle successeuse à la Maison Blanche pour les élections de 2024, qui pourrait ouvrir d’autres portes progressistes.

Lara Baranowski

Grande fan de Simone de Beauvoir, Gloria Steinem et Kim Kardashian, j’écris le mieux quand je suis indignée ou concernée.

Bénévole au Planning familial et diplômée en Lettres, j’aime beaucoup lire des ouvrages féministes et regarder des télé-réalités américaines.

J’ai autant la phobie des souris que des tueurs en série.
J’ai fait du quad une fois dans ma vie.

Articles populaires

Inscris-toi à la newsletter !

Sur le même sujet...