Gilbert Rozon acquitté, « la justice au service des riches et des violeurs »

Plusieurs manifestantes ont bloqué la route de la voiture de Gilbert Rozon alors qu’il quittait le palais de justice de Montréal après avoir été acquitté

Gilbert Rozon, dirigeant déchu du groupe Juste pour rire et ancien juré de l’émission  La France a un incroyable talent a été acquitté mardi 15 décembre des accusations de viol et d’attentat à la pudeur qui pesaient contre lui.

Inculpé pour des faits datant de 1980, l’ex-producteur québécois n’en est pas à son coup d’essai. En 2017, le collectif Les Courageuses déposait une demande d’action collective au nom d’une vingtaines de victimes d’agression sexuelle. L’année suivante, quatorze femmes déposent plaintes pour agression sexuelle, une seule d’entre elle etait retenue.

Rozon gagnant, toutes perdantes

Estimant que le procès opposait deux versions contradictoires qui ne permettait pas de prouver la culpabilité de l’accusé « hors de tout doute raisonnable », la juge Mélanie Lambert a acquitté Gilbert Rozon. « Un acquittement ne veut pas dire que le tribunal ne croit pas la victime », a-t-elle tenu à ajouter, après avoir déclaré trouver le témoignage de la plaignante « crédible ».

Suite à la décision, la plaignante, Annick Charette, dont l’identité n’avait jusqu’alors pas été révélée, a déclaré :

Ce mardi 15 décembre va rester un jour sombre pour toutes les victimes d’agressions sexuelles au Québec .  N’ayez pas honte. La culpabilité que vous ressentez ne vous appartient pas. Malgré la déception d’aujourd’hui, je vous invite à dénoncer. Peut-être qu’ainsi, les choses commenceront à changer.

À lire : Rozon acquitté : « C’est la société qui change le droit », dit Annick Charette

Hautement médiatisé, le procès était très attendu par les militantes féministes. Rassemblées devant le palais de justice, une trentaine de manifestantes attendaient sans trop d’espoir, le verdict.

Les manifestantes scandaient « La justice est un cirque » en attendant le verdict

Déçues mais pas surprises

« Il faut être réaliste, c’est un vieil homme blanc millionnaire, on ne s’attend pas à ce qu’on ait accès à une vraie justice », prédisait Martin avant la prise de décision de la juge.

« C’est déchirant, tu le sais toi que c’est valide l’expérience que tu as vécu, puis quand le système te laisse tomber c’est dégueulasse. Je m’attendais à cette décision, je ne suis pas surprise, juste déçue », a réagi Sam membre du collectif Wake Up Calice, organisateur du rassemblement.

« C’est une grosse déception, ce que je voulais vraiment c’est qu’il y ait un déclic dans sa tête, qu’il y ai au moins une parcelle de gêne, qu’il croise au moins le regard d’une personne ici. J’espère qu’il va voir la déception dans les yeux des gens » explique Audrey-Anne. Elle non plus ne se faisait pas d’illusion quant à la décision de la juge : « on s’y attendait, mais je suis déçue pour les prochaines, c’est décourageant pour les autres victimes ».

Naïma, mère de trois enfants, fait partie de ses victimes qui ont perdu confiance dans le système. Pleine d’espoir, elle est passée, peu avant le verdict, apporter son soutien aux manifestantes. « Si justice est faite, je pourrai porter plainte, j’aurai plus confiance dans le système », avoue-t-elle.

Un système inefficace

Patricia Tulasne, figure du groupe Les Courageuses, a également porté plainte contre Gilbert Rozon en 2017. « Ma plainte n’a pas été retenue. C’est notre système de justice et ses limites qui font qu’il y a plein d’agresseurs sexuels en liberté, c’est comme si la justice devenait complice de ces gens-là en leur disant “continuez il n’y aura aucune conséquence”. Je trouve ça très grave. »

Pour elle ce procès est « un simulacre de justice ». « Notre système se base sur le fait qu’on ne peut pas mettre un innocent en prison, mais c’est aussi grave de laisser un coupable en liberté. Je vais me battre jusqu’à la fin de mes jours s’il le faut pour changer ça ».

Malgré le froid glacial et le vent, les manifestantes sont restés pendant près de deux heures devant le palais de justice

Après avoir passé des heures à scander des slogans tels que « la justice au service des riches et des violeurs », « Rozon en prison, Gilbert en enfer » et « la justice est un cirque », les manifestantes ont laissé exploser leur rage. Plusieurs d’entre elles se sont jetées sur la voiture de M. Rozon, placardant leurs pancartes sur sa vitre en criant, la voix brisée et les larmes aux yeux.

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Mahé Cayuela

Étudiante en journalisme à l’Université du Québec à Montréal, franco-argentine ayant grandi en Turquie je suis passionnée de géopolitique internationale.
Sinon je suis phobique des agrumes, en particulier des citrons.

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