#RienAGuérir : l’appel pour mettre fin aux thérapies de conversion

Trois ans après l’appel du parlement européen à interdire les thérapies de conversion, le gouvernement peine à inscrire la “proposition de loi interdisant les pratiques visant à modifier l’orientation sexuelle ou l’identité de genre d’une personne” à l’agenda de l’Assemblée Nationale. Face à une situation critique pour la communauté LGBTQIA+, des associations, militant·es et personnalités appellent à soutenir la proposition de loi avec le hashtag #RienAGuerir.

TW : mention de violences 

En 2015, le Haut-Commissariat aux droits de l’Homme (HCDH) des Nations Unies présentait un rapport sur les violences et discriminations en raison de l’orientation sexuelle ou l’identité de genre. Dans ce rapport, le HCDH alerte sur les thérapies de conversion : “L’inquiétude grandit face aux thérapies dites «de conversion», qui visent à «guérir» l’homosexualité. Ces thérapies se sont avérées contraires à l’éthique, dénuées de fondement scientifique, inefficaces et, pour certaines d’entre elles, constitutives de torture”.

5 ans plus tard, en mai 2020, un nouveau rapport du HCDH détaille la situation des thérapies de conversion dans le monde. Les conclusions font froid dans le dos. Bien loin d’être des pratiques isolées ou d’un autre temps, les thérapies de conversion sont pratiquées dans toutes les régions du monde. Pire encore, elles sont en augmentation ces dernières années dans certains pays, notamment en France.

Comment cela est-il possible ? Très simplement : dans la plupart des pays du monde, les thérapies de conversion ne sont pas illégales. C’est pour palier ce manque et protéger la communauté LGBTQIA+ de pratiques s’apparentant à la torture qu’une proposition de loi a été déposée le 23 mars 2021 auprès de l’Assemblée Nationale. 

Les thérapies de conversion, c’est quoi ?

Dans son rapport de 2020, le HCDH définit les thérapies de conversion comme “une expression générique désignant des pratiques de nature très diverse, qui se fondent toutes sur la croyance selon laquelle l’orientation sexuelle et l’identité de genre d’une personne, y compris son expression du genre, peuvent et devraient être changées ou réprimées lorsqu’elles ne correspondent pas à celles que d’autres personnes, dans un contexte et une époque donnés, perçoivent comme étant la norme.”

Concrètement, c’est l’emploi de méthodes variées pour “transformer” une personne non-hétérosexuelle en personne hétérosexuelle ou une personne transgenre ou non-binaire en une personne cisgenre.

Les thérapies de conversion prennent différentes formes. Dans un rapport paru en 2020, l’IRCT (Conseil international pour la réadaptation des victimes de torture) identifie 7 grands types de thérapies de conversion :

  • la thérapie par aversion qui vise à associer la douleur à l’homosexualité via des électrochocs ou l’ingestion de substances émétiques (provoquant des nausées). Une méthode utilisée dans au moins 13 pays comme les USA, la Russie ou le Vietnam.
  • l’électroconvulsivothérapie (ECT), plus connue sous le nom de “traitement par électrochocs” est utilisée, a minima, en Iran et en Inde
  • la prise de médicaments : antidépresseurs, neuroleptiques, injections d’hormones, prises de médicaments pouvant altérer les fonctions cognitives. Cette technique médicamenteuse a été identifiée dans au moins 14 pays dont la France.
  • l’isolement forcé, souvent accompagné de violences verbales, humiliations ou menaces de viol. Cette pratique a été rapportée dans plusieurs pays dont l’Equateur, qui est pourtant l’un des rares pays à avoir interdit les thérapies de conversion en 2014
  • la psychothérapie, utilisée dans plus de 25 pays dont l’Autriche, la Nouvelle Zélande ou encore l’Italie, se base sur la croyance que l’homosexualité nait d’un trauma passé qu’il faudrait traiter. Cette forme de thérapie s’accompagne parfois d’hypnose, d’isolement ou de thérapie EMDR (désensibilisation et retraitement par les mouvements oculaires)
  • La violence “réparatrice” prenant souvent la forme d’agressions sexuelles ou de viols mais aussi de violences physiques. Elle est utilisée dans 14 pays au moins tels que le Liban, le Pérou et l’Afrique du sud.
  • L’exorcisme et les rituels des purification : des méthodes très utilisées en Europe, notamment en Allemagne, en Espagne et en France qui consistent à chasser le “démon” du corps de la personne homosexuelle, transgenre ou non-binaire par la prière et la lecture de versets. Elles s’accompagnent parfois de différentes violences physiques (coups, brûlures, etc.)

L’ONU, l’OMS et les différentes organisations médicales à travers le monde sont unanimes : les “thérapies de conversion”, bien loin du soin, sont des pratiques s’apparentant à la torture qui “causent de graves souffrances et des traumatismes psychologiques et physiques”.

La seconde idée reçue est qu’il n’existerait des thérapies de conversion que dans le milieu religieux. En réalité, les thérapies de conversion sont de trois types : religieuses, médicales et sociétales.

Collectif Rien à guérir

Pourtant, elles ne sont interdites que dans 4 états : le Brésil, l’Equateur, l’Allemagne et Malte.
Dans d’autres pays, les thérapies de conversion sont interdites dans certaines régions mais sans loi nationale : aux USA, au Canada, en Australie et en Espagne. 
En France, il n’y a toujours pas de loi interdisant les thérapies de conversion.

Pour le collectif Rien à guérir, rassemblant des victimes des thérapies de conversion, il est impératif d’informer le grand public : “La première idée reçue est que les thérapies de conversion n’existeraient pas en France et que ce phénomène serait seulement présent aux États-Unis. Pourtant, elles existent bien et se développent dans notre pays. La seconde idée reçue est qu’il n’existerait des thérapies de conversion que dans le milieu religieux. En réalité, les thérapies de conversion sont de trois types : religieuses, médicales et sociétales.

La situation en France

Le 1er mars 2018, le Parlement Européen adopte une directive appelant les États membres à adopter des lois interdisant la pratique des thérapies de conversion. 

En juillet 2019, la commission des lois crée une mission flash sur les “pratiques prétendant modifier l’orientation sexuelle et l’identité de genre”, rapportée par Laurence Vanceunebrock (LREM) et Bastien Lachaud (LFI). Les conclusions de la mission sont claires : il faut pénaliser les thérapies de conversion, mieux mesurer le phénomène, prévenir les abus médicaux et mieux informer le public.

Laurence Vanceunebrock, députée LREM de l'Allier
Laurence Vanceunebrock – Photo : Antoine Lamielle, Wikipedia

Suite à cette mission, Laurence Vanceunebrock dépose une première proposition de loi auprès de l’Assemblée Nationale, en juin 2020. Elle confie alors à France TV Info : “Quand j’ai été saisie du sujet en 2017, je connaissais l’ampleur du sujet aux États-Unis, mais pas sur le territoire national. […] On a pu entendre lors des auditions un jeune qui avait subi des électrochocs dans une clinique privée du sud de la France et des injections d’hormones. Des choses vraiment très difficiles et très dures à subir”.

Sortir la France du “flou juridique” qui entoure les thérapies de conversion en les pénalisant : voilà l’objectif de la proposition de loi. Ce 23 mars 2021, la députée de l’Allier en dépose une deuxième version auprès de l’Assemblée Nationale, espérant que le texte soit rapidement débattu dans l’hémicycle.

Dans sa nouvelle version, la proposition de loi “interdisant les pratiques visant à modifier l’orientation sexuelle ou l’identité de genre d’une personne” entend punir de 2 ans d’emprisonnement et de 30 000€ d’amende la pratique des thérapies de conversion. Lorsqu’elles concernent un·e mineur·e ou sont réalisées en présence d’un·e mineur·e, les peines sont portées à 3 ans d’emprisonnement et 45 000€ d’amende.

Le texte prévoit également de durcir les peines encourues dans les cas de harcèlement sexuel et de pénaliser l’exercice illégal de la médecine s’il vise à modifier l’orientation sexuelle ou l’identité de genre d’une personne.

#RienAGuérir : un appel pour accélérer la proposition de loi

Pour alerter le public sur la dangerosité des thérapies de conversion et, peut-être, accélérer le processus législatif, Laurence Vanceunebrock peut compter sur le soutien de différents collectifs, personnalités et allié·es.

Il est totalement inexplicable que la France mette autant de temps à légiférer !

Ainsi, le collectif @rienaguerir et le @lecoindeslgbt invitent à interpeller Christophe Castaner et le gouvernement sur les réseaux sociaux avec le #RienAGuérir, les appelant à inscrire la proposition de loi à l’agenda de l’Assemblée Nationale pour qu’elle ait une chance d’être promulguée avant les prochaines présidentielles de 2022.

Pour le collectif Rien à guérir, “l’objectif du hashtag, c’est de sensibiliser le public sur l’existence des thérapies de conversion et de leurs effets destructeurs sur les victimes, mais aussi d’encourager l’exécutif et les parlementaires à agir pour les interdire en mettant à l’agenda parlementaire la proposition de loi qui permettrait d’interdire ces pratiques en France”.

Une initiative rapidement soutenue par de nombreuses personnalités et député·es. Parmi elles, des artistes comme Hoshi, Eddy de Pretto, Suzanne ou encore Woodkid, et des comédien·nes et humoristes comme Tristan Lopin, Alison Wheeler ou Marie Papillon.

Depuis 6 ans, les organisations internationales alertent sur les thérapies de conversion dans le monde. Depuis 3 ans l’UE exhorte les Etats membres à légiférer. Depuis 2 ans en France le travail sur la proposition de loi est lancé. Pour le collectif, “il est totalement inexplicable que la France mette autant de temps à légiférer ! Cela fait plusieurs années que nous alertons sur le sujet, il y a un un vrai travail parlementaire effectué sur le sujet, un travail de qualité […] Il suffirait d’inscrire la proposition de loi 4021 à l’ordre du jour de l’Assemblée Nationale”.

Il est temps de mettre fin aux thérapies de conversion et dire à la population que non, il n’y a #RienAGuérir.

Mathilde

Féministe depuis toujours je m'engage depuis plusieurs années dans des associations comme le Planning Familial ou le collectif des colleureuses de ma ville.
Quand je ne milite pas, j'aime boire des bières en terrasse, lire et rire très fort à mes propres blagues.

Dans la vie je suis cheffe de produit & UX designer. Chez Potiches ? Je suis chargée du développement du média avec Jade, la rédactrice en chef. De temps en temps, j'écris des papiers pour aborder des sujets de société qui me tiennent à cœur ou pour pousser un bon coup de gueule !

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