Au QG de Sandrine Rousseau : « On va rappeler à Jadot son passé de militant »

A 48,91 % des voix contre 51,03 %, Sandrine Rousseau s’est inclinée face à Yannick Jadot à la primaire écologiste. Ses soutiens accusent le coup mais veulent croire que les thèmes portés par la candidate écoféministe se sont durablement inscrits dans le paysage politique. Et qu’ils pèseront dans la présidentielle.

« Cette journée dure depuis au moins 32 heures, je m’accorde le droit de prendre un verre ! ». Elen Debost, dynamique et riante, détonne dans le silence religieux qui règne, ce mardi 28 septembre, dans le patio du restaurant Le Relais, à Pantin (Seine Saint Denis). L’élue au Conseil départemental de la Sarthe, soutien de Sandrine Rousseau, trépigne : « Un an de campagne, 20 réunions par semaine, et nous y sommes ! ». Autour d’elle, militant·es et journalistes piétinent, à quelques minutes des résultats du second tour de la primaire d’Europe Écologie Les Verts (EELV). Dans un sourire confiant, une militante glisse à une autre : « Quoi qu’il arrive, on aura un peu gagné. On a imposé l’écologie et le féminisme dans le débat politique ».

17h30. Crépitement de flashs. Sandrine Rousseau fend sans un mot le flot de questions des journalistes. Avec 49% des voix, contre 51% pour Yannick Jadot, elle est éliminée de la course à la présidentielle. « Merci Sandrine ! » : lancé par Alice Coffin, élue EELV du 12ème arrondissement de Paris, le slogan fait mouche et se mue en clameur. Dans une pluie d’applaudissements, une trentaine de militants suivent l’intéressée vers l’arrière salle du restaurant. « Merci du fond du cœur, leur lance-t-elle, invisible derrière un mur de caméras, la campagne présidentielle ne sera plus jamais la même après notre campagne pour la primaire. Et ça, c’est déjà une victoire. »

Affiche de campagne de Sandrine Rousseau – photo CG

« Ce n’est pas fini »

Une victoire dans la défaite ? « Presque », veut croire Elen Debost. Dans la foule déconfite, elle essuie les larmes et rassure les déçus : « Nous sommes un mouvement qui ne peut pas disparaître, ce n’est pas fini ! Nous allons peser dans la présidentielle ». A quelques mètres, un groupe en discute déjà. Pour Frédéric Héritier, membre de Generation.s, « Le score est serré, Yannick Jadot n’a pas le choix : il doit s’engager clairement sur le programme de Sandrine Rousseau ». Jean-Pierre Gryson, la soixantaine, abonde : « La défense des minorités, le féminisme, l’accueil des migrants, c’est tous ces combats qu’il doit reprendre ». Et d’ajouter dans un rire : « On va rappeler à Jadot son passé de militant ».

18h30. La musique crépite, et quelques militants chassent l’amertume par la danse. Dehors, Maouele Bouhraoua, paillettes sur les paupières, pense à la suite : « Sandrine a une voix qui ne peut plus être réduite au silence. La politique a été faite par et pour les hommes. Mais c’est fini, on ne veut plus que la parole soit monopolisée. » Sa favorite s’approche et la prend dans les bras. Au loin, I Will Survive, de Gloria Gaynor, résonne entre les murs aux briques rouges. « Je n’ai jamais lâché et je ne lâcherai pas, répond en écho Sandrine Rousseau. Il y a eu un raidissement antiféministe chez les cadres [de EELV]. Mais nous avons fait 49%, il ne peuvent plus faire sans nous. »

Léna Coulon

Journaliste itinérante, toujours un sac sur le dos et un carnet dans la poche.
Amatrice de pavés russes et francophones, j'aime aussi ceux qu'on jette dans la mare.

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