Edito : Pour l’instant tout va bien

La fin de l’année approche. Les chiffres de contamination au Covid 19 explosent dans le pays ; 111 femmes ont été tuées par leurs conjoints ou ex depuis janvier ; l’extrême droite est créditée à 47 % pour le second tour de la présidentielle ; 1 200 femmes, enfants et hommes sont décédés en méditerranée et en traversant la Manche en 2021 et le dernier rapport du GIEC est particulièrement alarmant. Mais sinon à part ça, tout va bien. 

Je sais pas toi, mais moi je suis fatiguée. Pendant que j’écris cet édito, je me passe la main sur le visage, comme si je souhaitais effacer, oublier, recommencer. Repartir à zéro dans cette course à la justice et à l’égalité. Le monde qui nous entoure m’épuise. En tant que minorité, il nous infantilise. Tu sais, c’est cette désagréable impression que tu avais enfant quand tu parlais de quelque chose à tes parents mais que personne ne t’écoutait. “Tu n’as pas l’âge”, “Tu devrais pas te préoccuper de ce genre de choses”, “Quand tu seras plus grand·e”. Aujourd’hui, c’est comme si l’on nous répétait inlassablement : “Tu n’as pas le bon genre pour te faire entendre”. Du coup, on a un peu envie de s’époumoner, de tout brûler. Mais sinon à part ça, tout va bien.

Tu as dû voir dans ton fil Instagram les publications “Tu l’as vu passer ?” que nous publions depuis le 1er décembre. C’est une série qui a plu. Mais pourquoi ? Parce que les médias ne font plus leur travail. Je n’en peux plus de voir Zemmour le bienheureux invité sur le plateau d’Hanouna dans l’incroyable complaisance d’un Bolloré dont l’empire ne cesse de s’étendre. Le journalisme est pieds et poings liés au sein d’un monde médiatique détenu par une petite dizaine de milliardaires français. Cette année, la France était encore 34ème au classement mondial des libertés de la presse. Mais sinon à part ça, tout va bien.

On veut pas te saper le moral chez Potiches, il arrive juste un moment où à force de prévenir que tout va péter, on finit par fournir la poudre et l’étincelle. 

En attendant 2022, entoure toi des personnes qui comptent et qui te comprennent. Tu l’as bien mérité. Prends soin de toi parce que personne d’autre ne le fera. Et n’oublie pas que dans cette solitude exacerbée par les temps qui courent, où 69 % des moins de 25 ans se sentent seul·es, on aura toujours la rue. Les murs. Nos voix. En avril prochain, nous sortirons, collerons, crierons. Tant que nous le pourrons.

Tant que tout va bien. 

Jade Bourgery

Après une licence de Lettres Modernes, je suis partie un an au Vietnam en Service Civique, je bossais pour une asso humanitaire d’insertion féminine et ai fait un road-trip en moto d’un mois jusqu’au Cambodge. En rentrant j’ai créé mon média avec deux amis puis j’ai embarqué dans l’aventure Potiches.

Le journalisme est ma passion depuis toute petite ; j’aime les cactus, "Holding out for a hero" de Bonnie Tyler et la couleur verte.

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