ABlock! le média qui donne la parole aux sportives

Pour Valérie Domain, journaliste depuis plus de 20 ans, le sport a été une succession de déclics. Consciente que ce milieu cristallise bien des inégalités, elle a fondé le média Àblock! pour donner la parole aux sportives, celles des podiums et celles du dimanche, celles qui nous inspirent et nous invitent à nous dépasser. 

Valérie Domain
Valérie Domain – Photo : © Jean-François Muguet

Rien ne prédestinait Valérie Domain à créer un média sportif et engagé. D’abord journaliste dans la presse quotidienne, people, puis dans la presse féminine, à quarante-huit ans, elle n’était pas particulièrement sportive. A la suite d’une séparation, elle ressent le besoin de se réinventer. Parce qu’elle a été témoin de l’épanouissement de son fils passionné de crossfit, elle décide de se mettre au renforcement musculaire. Une nouvelle histoire d’amour débute entre la journaliste et le sport, de laquelle naîtra ÀBlock! un média inclusif et nécessaire qui donne aux sportives la place qu’elles méritent sur le devant de la scène médiatique française. 

ÀBlock! le sport qui fait bouger les lignes

Une question taraude Valérie : si elle avait été exposée à davantage de témoignages de sportives, d’histoires de femmes que le sport a révélé à elles-mêmes, s’y serait-elle mise plus tôt ? Selon elle « les médias parlent d’hommes et s’adressent aux hommes ». En 2017, le taux de médiatisation du sport féminin s’élevait à seulement 18 % ! C’est pour cette raison que la journaliste a lancé ÀBlock! en mai 2020 : pour donner aux femmes des rôles modèles sportifs. Mais pas seulement des athlètes et des championnes, « la sportive inspirante c’est aussi la voisine qui va courir après sa triple journée et ce, malgré la charge mentale ». Valérie Domain veut mettre les choses au clair : « ÀBlock! ça n’est pas du résultat sportif, c’est vraiment de l’humain ! ».

Mais la journaliste ne voulait pas seulement mettre en lumière les femmes qui le pratiquent, elle voulait aussi parler de sport à toutes les femmes ; celles qui en ont fait une carrière, un hobbie, celles qui n’osent pas forcément se lancer et celles qui ont abandonné, par dépit, ce domaine là aux hommes. Elle voulait dire que c’est possible pour une femme de se faire une place dans le sport, de s’y mettre sur le tas, d’apprendre à aimer ça… Que tout cela existe ! « On dit beaucoup : quand on veut, on peut. Malheureusement, ça n’est pas vrai » constate la journaliste.

Il y a encore pleins d’endroits où une femme ne peut pas faire de boxe ou de sport tout court et ça commence dans les cours d’école ! L’égalité dans le sport est un énorme chantier qui doit être mené par tou·te·s, médias, associations… 

D’ailleurs, il n’y a pas que pour les femmes que les choses doivent bouger. ÀBlock! donne également la parole à tout ceux et celles qui se sentent sous représenté·e·s dans leur discipline ou dans le sport en général, comme le gymnaste Peterson Ceus ou la volleyeuse transgenre Chloé Anderson. « On a envie de changer les choses avec des contenus différents et inspirants, avec des enquêtes plus profondes. »

« Les hommes ne doivent pas être nos adversaires mais nos coéquipiers »

En se mettant au Crossfit, Valérie Domain découvre une « jeune » discipline où l’on a que faire de qui vous êtes. Un jour, un entraîneur lui dit « ici y’a pas d’hommes ou de femmes, y’a des athlètes ». Surtout, Valérie réalise à quel point le sport élève. « Plus je me dépassais dans le sport, plus je constatais le potentiel que j’avais dans la vie. »

Très vite, elle ressent l’envie d’offrir aux sportifs·ves un outil d’émancipation. Malgré le sexisme et le manque de parité dans certaines pratiques, pas de doute pour Valérie: le sport est un vecteur de progression d’égalité des genres. 

Pour Valérie, « les hommes ne doivent pas être nos adversaires mais nos coéquipiers ». Des coéquipiers qui s’expriment souvent davantage que les femmes.

A la suite à la publication du portrait de Sharni Pinfold, la fondatrice d’ÀBlock est rassurée de constater que la misogynie qui a poussé la « motarde désenchantée » a quitté les circuits dérangent ses lecteurs, mais en même temps, elle est perplexe : le soutien ne vient pas des femmes. « Ce qui m’étonne, c’est la femme qui ne va pas s’arrêter pour lire un article de moto qui parle de misogynie », s’exclame la journaliste. Comme si ce combat-là était perdu d’avance. « Ça m’étonne que ce type de témoignage ne donne pas envie aux autres femmes de donner de la voix ! ».

Capture d’écran du site ablock.fr
Capture d’écran du site ablock.fr

« Lire du sport n’est culturellement pas féminin »

Si elle se bat pour l’égalité, Valérie Domain le reconnaît : elle imaginait pour ÀBlock! un lectorat majoritairement féminin. Pourtant, aujourd’hui deux tiers de ses lecteur·ices sont des hommes. Bien qu’elle sache que « lire du sport n’est culturellement pas féminin », c’est une véritable frustration pour la journaliste. Et une réalité qui interroge : faut-il davantage compter sur les hommes pour défendre la place des femmes dans certains univers comme la moto ? Pourquoi la misogynie et le sexisme semblent soulever la colère collective dans certaines sphères de la société plus que dans d’autres ? Des questions qui prouvent qu’elle est encore loin, la ligne d’arrivée à l’égalité…

Heureusement, il y a des chiffres qui rassurent : les JO de 2020, prévus au Japon et reportés à l’été 2021 pour cause de crise sanitaire, sont placés sous le signe de la parité, une première depuis l’apparition des premières femmes dans cette compétition en 1900. Et puis il y a des personnalités inspirantes comme Valérie Domain, des femmes déterminées qui, grâce à des projets fédérateurs et inclusifs, déconstruisent petit à petit le sexisme dans le sport et pavent, pour les générations actuelles et futures, un chemin prometteur vers la victoire.

Clotilde Boudet

Tu vois la meuf qui parle de cul hyper fort en terrasse en mettant parfois ses voisins méga mal à l'aise ? C'est moi. Je m'appelle Clotilde, j'ai 27 ans, je suis parisienne et journaliste spécialisée dans le lifestyle (le style de la life quoi).

A 17 ans je pensais être une rebelle et finalement, je suis devenue un vrai cliché : j'aime plus Paris, je jardine, cuisine, médite, voyage. J'aime mon chat (sauf à 5h du mat, les proprio de félins savent...). Mais SURTOUT, j'aime écrire et débattre et croire qu'avec pas grand chose, chacun à son échelle, on peut changer le monde.

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