Podcast : La Grande Classe sur les frontières sociales

Dépeindre la complexité des parcours des “transfuges de classe”, c’est l’ambition de La Grande Classe, le nouveau podcast qui a fait son apparition dans le paysage bruxellois ce 3 décembre 2020. La Grande Classe publie un jeudi sur trois un épisode de conversations avec une transfuge de classe ou une experte sur les thèmes de la mobilité sociale.

Crédit : La Grande Classe

Les transfuges de classes, qu’est-ce-que c’est ?

Ce sont ces personnes qui ont changé de monde social au cours de leur existence. Alors que, statistiquement, la reproduction sociale est la norme. Elles font donc figure d’exception.

Changer de classe sociale implique l’apprentissage de nouveaux codes, mais également, une rupture plus ou moins profonde avec son milieu d’origine. Toutefois, la complexité de ces parcours, ainsi que les discriminations sociales en général, sont encore des champs peu explorés médiatiquement. Alors que la mobilité sociale est un des thèmes majeurs des sciences humaines.

La Grande Classe vise donc non seulement à explorer cette complexité individuelle, mais aussi à replacer la question de l’ascension sociale dans les rapports de pouvoir et les luttes politiques dans lesquelles elle s’inscrit.

Toutes les oppressions sont connectées, et c’est ce point de départ que nous avons adopté dans le podcast.”

Qui se cache derrière ?

La Grande Classe a été créée par Jessica Machacova et Nabil Aniss et s’inspire de leurs parcours personnels. Jessica Machacova s’est exprimée auprès de Meufer sur son rapport au féminisme :

“Je suis militante féministe depuis de nombreuses années, et au fur et à mesure de mes réflexions, j’ai connecté les obstacles que j’ai connus à la fois en tant que femme, et en tant qu’enfant d’un père ouvrier et d’une mère employée et migrante. Tout en reconnaissant et utilisant à cet escient mes nombreux privilèges. Un projet de société féministe ne peut se limiter à la lutte binaire, pour l’égalité entre les femmes et les hommes. Toutes les oppressions sont connectées, et c’est ce point de départ que nous avons adopté dans le podcast.”

La Grande Classe et le féminisme 

Jessica Machacova apporte aussi un éclairage sur le rapport au genre que peut proposer La Grande Classe : “Dès le début de notre réflexion autour de La Grande Classe, il a été difficile de nous limiter au seul aspect de la mobilité sociale. Nous souhaitions aborder le thème des transfuges de classe de manière complexe et nuancée. Le format du podcast est parfait pour s’affranchir des contraintes liées aux médias traditionnels. Cela implique également de prendre en compte les différentes facettes des identités des personnes qui témoignent dans nos épisodes, y compris leur genre. D’un point de vue individuel, l’intersection entre le genre et une origine sociale modeste implique une double pression, notamment dans le milieu scolaire, celle de devoir travailler encore plus pour s’affranchir. D’un point de vue systémique, une piste de réflexion possible est celle de l’origine sociale des personnes politiques et médiatiques. Les politiques actuelles d’égalité femmes-hommes et dites « sociales » sont faites par des élites, qui n’ont elles-mêmes, dans leur grande majorité, jamais expérimenté d’obstacles en la matière. Par exemple, on promeut l’emploi des femmes, et notamment à des postes de décision, pour au final, en revenir à employer des femmes majoritairement racisées et sans papiers pour s’occuper du travail domestique. N’est-ce pas au final faire le jeu du système oppressif contre lequel ces politiques sont censées se battre ?”

Premier épisode sur Rajae Maouane

Le premier épisode est consacré à Rajae Maouane, co-présidente du parti Ecolo et enfant d’ouvriers. Cette femme inspirante se définit sur Twitter comme « féministe, fan de foot et engagée ». Dans un système politique où la reproduction sociale est la règle, l’ ascension d’une jeune femme d’origine ouvrière a un tel niveau de pouvoir détonne et donne espoir. 

Dans cet épisode, enregistré en juillet 2020, La Grand Classe aborde son nouveau statut de personnalité publique, de l’intersection entre les discriminations de race, genre, classe et du meilleur dress code pour aller dîner chez le Roi. Un épisode facile à écouter, qui plonge dans les petits détails aussi drôles qu’émouvants de l’ascension d’une femme au parcours remarquable.

Cette femme pour qui le féminisme fait entièrement parti de son combat. Qui choisit de mener des actions fortes et de porter des messages emblématiques. Concernant le débat sur les statues coloniales en Belgique, Rajae Maouane a d’ailleurs porté le message suivant : “On ne doit pas totalement effacer le passé colonial, mais on peut aussi débaptiser des rues et les mettre au nom de femmes, comme à Etterbeek(commune de Bruxelles)”. Récemment mise en lumière dans les médias pour les menaces qu’elle a pu recevoir, elle répond : « Je ne me tairai pas au nom de toutes les personnes qui reçoivent également ce genre de messages et qui ne sont pas entendues ». 

Un premier épisode sur une femme d’exception au tempérament fort, qui existe en politique par sa volonté et détermination et qui nous prouve que chaque classe a sa place dans le paysage médiatique, politique…


Pour suivre leurs futurs épisodes et leurs nouveaux portraits de personnes d’exception, c’est par ici : 

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Mathilde T.

Après une licence en communication en France ainsi qu’un master en animation socioculturelle et éducation permanente en Belgique, j’ai décidé de poser mes valises au Québec pendant 2 ans, j’ai travaillé dans mon domaine de prédilection, les ONG.
De retour en Europe, j’ai voulu me pencher un peu plus sur la question de la place des femmes dans nos sociétés et c’est comme ça que j’ai débarqué chez Potiches.

Sinon j’adore le chocolat (genre passionnément), mon animal totem c’est la loutre et ma saison pref c’est l’hiver, comme ça tu sais (presque) tout.

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