Définition : le wokefishing

Derrière un écran, il est facile de passer pour ce que nous ne sommes pas. Et ça, les utilisateurices d’applications de rencontres l’ont bien compris. Meufer vous explique ce qu’est le wokefishing, cette nouvelle “technique de drague” basée sur le mensonge.

Photo : Jametlene Reskp - Unsplash - Article wokefishing
Photo : Jametlene Reskp – Unsplash

On connaît toutes le catfishing. Cette pratique – pour le moins malhonnête et illégale – qui consiste à usurper l’identité de quelqu’un d’autre sur un site ou une application de rencontre. Avec le temps, nous avons appris à démasquer rapidement ces comptes “fake”. Mais aujourd’hui, nous faisons face à un nouveau fléau : le wokefishing

Le terme ne vous parle peut-être pas, et pourtant, vous en avez certainement déjà été victime. Moi, oui. Par exemple, l’été dernier, j’ai rencontré un homme cisgenre et hétéro alors que j’étais en vacances. Au cours de nos conversations, le sujet du féminisme finit par être abordé. Je lui explique mon engagement, qu’il s’agit d’une cause importante dans mon quotidien. En réponse, lui m’indique être féministe et me parle de patriarcat, de sexisme, de harcèlement de rue, etc. Il me donne vraiment l’impression d’être éveillé et sensibilisé à ces questions.

Et puis, un jour, alors que nous discutons d’une séquence de l’émission C’est mon choix, il me dit cette phrase : « Oublie ton féminisme 30sec et imagine juste une gazelle passer devant des lions, c’est tout. » L’émission, sortie en 2018, avait pour thème : « Marre de passer pour une fille facile ! » et l’extrait dont nous parlions était, à mon sens, un condensé de body shaming et slut shaming. Visiblement, il ne partageait pas mon opinion. Pire, il ne voyait pas où était le problème !

Mentir pour arriver à ses fins

Des anecdotes comme celle-ci, j’en ai des dizaines. Et à chaque fois, c’est le même procédé. Ils – car je fréquente des hommes cisgenre – s’annoncent progressistes avant de révéler leurs vrais visages. Autre exemple : ce date rencontré en soirée et qui s’était alors présenté comme ouvert d’esprit. Lorsque nous nous étions revus, il avait tenu à m’expliquer quels étaient les « vrais » combats du féminisme. Et notamment que je “déservais la cause” en écrivant en langage inclusif. Ou bien un autre, qui m’a soutenu pendant plusieurs minutes qu’« après tout, c’était normal que la contraception soit gérée principalement par les femmes ». Lui qui m’avait pourtant affirmé être au fait des questions relatives à la charge mentale…

Jusqu’à ce que je lise un article de Vice, je n’avais jamais fait le rapprochement entre ces incidents. Je les pensais isolés. En réalité, ils font partie d’un phénomène qui porte un nom : le wokefishing. Inventé par la journaliste britannique Serena Smith, le wokefishing désigne ces personnes qui se présentent comme féministes, ouvertes d’esprit, engagées pour des causes comme la lutte contre l’homophobie, le racisme, etc. alors qu’elles ne le sont pas. Ce nouveau mot résulte de l’association de deux termes : “woke” et “fishing”. Le premier existe depuis la naissance du mouvement Black Lives Matter en 2013. A l’origine, il est donc utilisé par les personnes noires aux Etats-Unis pour décrire le fait d’être conscientes des injustices et du système d’oppression qui pèsent sur les minorités. Quant à “fishing”, il fait lui référence à l’expression catfishing, dont je vous parlais plus tôt.

Capture d'écran du compte Instagram @quenchculture - Article wokefishing
Capture d’écran du compte Instagram @quenchculture

Cette nouvelle technique de drague est de plus en plus fréquente. Amel* l’a d’ailleurs découverte par hasard. « J’ai remarqué que quand je me présente comme féministe, les gens qui veulent me séduire vont vite jouer dessus. Beaucoup vont s’approprier des valeurs pour choper, pour paraître sympa mais dans les actes, ça ne suit pas », estime la jeune femme de 25 ans. En se faisant passer pour des progressistes, les wokefishs (nom donné aux adeptes de cette pratique) espèrent augmenter leurs chances de rencontrer de nouvelles partenaires et ainsi, les “piéger” afin de les mettre dans leur lit. 

La vérité éclate tôt ou tard

Face à ce phénomène, Amel est désormais bien plus méfiante lorsqu’elle rencontre des hommes cisgenre. « Ce ne sont pas des personnes avec qui je peux espérer un attachement sentimental, analyse-t-elle. Pour moi, c’est important d’être avec quelqu’un qui a les mêmes valeurs et ce n’était le cas avec aucun des hommes que j’ai croisés dans ma vie. Ces mauvaises expériences m’ont rendue très cynique… »

Les hommes cisgenre et hétéros sont majoritairement mis en cause dans les témoignages liés au wokefishing. Pourtant, ils ne sont pas les seuls à le pratiquer. Amel, qui se définit comme bisexuelle même si elle n’aime pas les étiquettes, explique qu’elle se méfie aussi des rencontres au sein de la communauté LGBTQ+. En se mettant en couple avec une femme, elle pensait que les choses seraient différentes. Que la relation serait plus saine, avec plus de communication. Et surtout, qu’elles partageraient les mêmes valeurs puisque faisant partie d’une minorité souvent oppressée.

Mais elle a vite déchanté : « Ma première relation avec une femme a remis en cause ces clichés. Elle s’est révélée biphobe. Elle me sortait des trucs du style : « Non mais toi, ton avis ne compte pas vu que tu as sucé des bites ». Ou bien me demandait de ne pas dire que j’étais bi mais simplement que j’étais en couple avec une femme. »

Tôt ou tard, les wokefishs finissent donc par être démasqués…

*Il s’agit d’un prénom modifié

Yleanna

Après trois années d'études de journalisme, j'ai fait un service civique en Équateur dans une association luttant contre les violences faites aux femmes.
Mon féminisme s'est construit aux côtés de ces femmes et de ma mère, présidente d'asso.

Grande gueule, j'adore les débats. Je suis aussi végétarienne, fan des gros chiens et de l'odeur des livres neufs. Et mes amies vous diraient que je suis une danseuse hors pair !

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