Médias & féminisme : une réconciliation impossible ?

Quand j’ai rejoint le milieu militant, je ne comprenais pas que si peu fassent de même dans mon entourage. J’avais envie de crier à la face du monde : “comment pouvez-vous ne pas voir à quel point le monde irait mieux si on était toustes féministes ?!”

Je ne comprenais pas pourquoi on était si peu écouté·es. Pourquoi fallait-il qu’on s’échine à édulcorer notre discours, à répéter cent fois les mêmes choses, à présenter études sur études, à simplifier, à éduquer pour qu’on ne nous écoute toujours pas, ou si peu ?

Puis j’ai réalisé que le problème ne venait pas de notre discours. Le problème vient du traitement qui lui est réservé dans le paysage médiatique français.

Les médias sont-ils sexistes ?

Cette dernière année, j’ai pourtant eu un élan d’espoir. Le bruit juste et incessant des militant·es semblait mener quelque part : les féminicides, Polanski, les Césars, Metooinceste… Les médias traditionnels et les plus récents s’emparaient de ces sujets, les plaçant enfin sur le devant de la scène. Je me disais « Ça se décoince ! A force de pousser, on arrive à avancer !”.

Et puis… Le retour à la réalité.

Couvertures et captures : Libération, Le Figaro, Valeurs Actuelles, Le Quotidien, Marianne, Le Parisien, Europe 1

Sexisme, racisme, validisme, classisme, homophobie, transphobie, grossophobie, islamophobie… Nous sommes attaqué•es sur tous les fronts, avec violence. On nous traite d’hystériques, de folles, de hyènes en roue libre, on veut “libérer la paroles des hommes”… En pleine pandémie, nous tenons le pays à bout de bras pendant qu’eux « racontent le monde d’après » sans même nous consulter.

L’émission Quotidien invite l’avocat de Polanski sur son plateau. Puis PPDA. Seuls, sans personne pour les contredire, ces hommes ont un boulevard pour vomir leur culture du viol devant des millions de téléspectateurices.

Le compte @balancetaredac dévoile d’ailleurs la culture oppressive qui persiste dans de nombreux médias : Europe 1, TF1, Cosmo, Brut, Loopsider… Même les plus “progressistes” ne sont pas épargnés.

Partout, tout le temps, les médias offrent une plateforme à nos oppresseurs pour se défendre et nous descendre aussi bien devant que derrière l’écran.

Pourquoi ? C’est simple : en France, 10 milliardaires contrôlent nos médias. 10 hommes blancs, qui comptent parmi les plus grandes fortunes de France, font l’info.

Sachant cela, peut-on s’étonner que la majorité des personnes représentées à la TV soient des hommes, blancs, de CSP+, valides et ayant entre 35 et 49 ans ? Peut-on s’étonner que les directeurices de rédaction dans les médias soient à 81% des hommes ? Peut-on s’étonner que la culture sexiste soit si profondément ancrée dans les rédactions et les contenus qu’elles produisent ?

Sachant cela, la couverture du 8 mars de Libé me déçoit, oui,  mais elle ne m’étonne pas. Ce qu’elle a de particulier, c’est qu’elle est la goutte de trop.

Vous ne voulez pas de notre parole ? Nous la prendrons ailleurs

Traiter des sujets féministes, ce n’est pas offrir un boulevard à nos agresseurs pour justifier leur comportement et renforcer la culture du viol.

Traiter des sujets féministes, ce n’est pas utiliser un #Girlpower sans régler les problèmes de harcèlement au sein de sa propre organisation.

Traiter des sujets féministes, ce n’est pas laisser les femmes s’exprimer uniquement sur leurs corps et leurs poils en laissant aux hommes la politique, le droit et l’économie.

Traiter des sujets féministes, ce n’est pas exclure du débat les militantes, les personnes concernées et les associations.

Traiter des sujets féministes, ce n’est pas donner la parole uniquement aux féministes “universalistes” blanches et bourgeoises, qui font bien dans notre ligne éditoriale.

Nous n’avons pas besoin de ça, nous n’avons pas besoin d’eux.

On ne peut plus se contenter d’attendre poliment qu’on nous donne la parole.
On ne peut plus regarder en silence des médias se torcher avec nos luttes.

Si les médias ne veulent pas nous écouter, nous créerons nos propres espaces, nos propres médias. Et il n’y a que comme ça que s’opérera un réel changement.

C’est pour ça que je crois en Potiches. Je crois en la création d’un média fort, inclusif jusqu’à la moelle, qui œuvre pour une représentation juste de toustes.

Créons donc nos propres médias, investissons les espaces de parole libres. Envahissons le discours public au point qu’il sera impossible de ne pas nous voir.

Mathilde

Féministe depuis toujours je m'engage depuis plusieurs années dans des associations comme le Planning Familial ou le collectif des colleureuses de ma ville.
Quand je ne milite pas, j'aime boire des bières en terrasse, lire et rire très fort à mes propres blagues.

Dans la vie je suis cheffe de produit & UX designer. Chez Potiches ? Je suis chargée du développement du média avec Jade, la rédactrice en chef. De temps en temps, j'écris des papiers pour aborder des sujets de société qui me tiennent à cœur ou pour pousser un bon coup de gueule !

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