Et si on arrêtait de parler de « virginité » ?

Illustration : Charly Utecht
Illustration : Charly Utecht

La virginité n’existe pas. Les virginités oui.

La première fois n’existe pas. Il y en a une multitude.

On ne perd pas sa virginité. On la partage, on la donne, on la vit.

Vous vous dites peut-être : « Mais qu’est-ce qu’elle raconte ? Bien sûr que si ça existe ! » Et je ne peux pas vous en vouloir.

Mais laissez-moi une chance de vous expliquer pourquoi j’aimerais qu’on arrête de parler de « virginité ». Ou du moins, pourquoi il serait temps de penser ce concept patriarcal d’une autre manière. De se le réapproprier et de le réinventer.

« T’es vierge ? »

La première fois qu’on m’a posé cette question, j’avais 12 ans. J’étais à une soirée avec des amies et on jouait à « Action ou Vérité » (oui, on faisait dans l’original !). C’était mon tour et j’avais choisi « Vérité ». Je venais de voir ma pote smacker Louis et autant dire que je n’étais pas vraiment motivée pour faire la même.

Plus de dix ans après, je me souviens encore avoir répondu « oui » timidement. J’avais honte d’être « encore » ou « toujours » vierge. Pourtant, je savais bien qu’autour de moi, mes potes l’étaient tous et toutes. Mais, sans pouvoir vraiment l’expliquer, j’ai eu l’impression que c’était honteux d’avouer que non, à 12 ans, je n’avais pas encore eu de relations sexuelles.

Ce type d’anecdote, je suis certaine de ne pas être la seule à en avoir. Déjà parce qu’il semble que l’âge auquel on « perd sa virginité » n’est jamais le bon. Pour une personne avec un pénis, ce sera toujours trop tard. Et pour les détenteurices d’un vagin et d’une vulve, c’est soit trop tôt soit trop tard. Bref, il y aura toujours quelqu’une pour critiquer.

Je profite donc de cet espace pour dire, une bonne fois pour toutes :

IL N’Y A PAS D’ÂGE IDÉAL POUR « PERDRE SA VIRGINITÉ » ALORS FAIS CE QUE TU VEUX !!

Peu importe ton âge, l’important est de le faire quand tu te sens prêt.e, quand tu en as envie. Et non pour rentrer dans je ne sais quelle norme de notre société.

Ensuite, seconde chose que j’aimerais qu’on clarifie ensemble :

Il n’y a pas qu’UNE SEULE PREMIÈRE FOIS !

D’après le dico, la « virginité » désigne l’état d’une personne qui n’a jamais eu de rapports sexuels. Sauf que dans notre société, on associe encore trop souvent « virginité » avec « pénétration ». Si bien que si une personne avec un vagin n’a pas été pénétrée par un pénis, elle est vierge. Le reste ne compte pas.

Aux oubliettes la masturbation, le sexe oral, les rapports annaux et autres petits plaisirs. La virginité repose sur la SACRO-SAINTE PENETRATION. Ce Saint-Graal ultime. Mais pas n’importe laquelle : celle hétéronormée.

Sorry not sorry mais non en fait. Il serait temps d’arrêter de placer cette pratique comme au centre de nos sexualités. Et donc de détacher notre regard de nos conceptions hétéronormées et phallocentrées.

D’où ma réflexion qu’il n’existe pas qu’une seule première fois mais une multitude. Si vous ne comprenez pas mon raisonnement, je vous le présente autrement :

  •  Je suis une femme cisgenre (je m’identifie donc au sexe qui m’a été assigné à la naissance),
  •  J’ai ma première relation sexuelle avec une personne s’identifiant au genre masculin et dotée d’un pénis, disons Charlie,
  •  Nous couchons ensemble et pratiquons une pénétration phallus-vagin.

Selon la définition de notre société, je ne suis plus vierge et Charlie n’est plus puceau. Pourtant, lui n’a pas été pénétré donc techniquement, il est encore « puceau » d’une certaine manière, non ?

Attendez, je continue mon exemple. Admettons maintenant qu’après avoir été avec Charlie, je décide d’avoir ma première relation sexuelle avec une personne s’identifiant au genre féminin et dotée d’une vulve et d’un vagin, appelons la Ange.

Dans le cas présent, Ange ne représente-elle pas ma première fois avec une personne du même genre que moi ? N’est-elle donc pas elle aussi une personne avec qui je « perds ma virginité » ?

Et cet exemple vaut pour tout. A chaque nouvelleau partenaire son lot de premières fois. A chaque nouvelle découverte, nouvel essai, sa perte de virginité. C’est un renouveau constant, des découvertes perpétuelles de pratiques, de caresses, de personnes, de positions, etc.

Voilà pourquoi j’aimerais qu’on arrête de parler de « virginité ». Ou, au minimum, qu’on la mette au pluriel. Car ce concept au singulier met en fait l’accent sur une seule expérience alors que la découverte de la sexualité ne se limite pas à celle-ci. Ainsi, on peut être vierge de mille manières. Et ne plus l’être d’autant de manières.

Hymen ≠ Virginité

Un autre point sur lequel je veux appuyer, c’est cette croyance commune selon laquelle la présence ou l’absence d’un hymen -petite membrane souple de peau devant l’entrée du vagin- est le marqueur de la virginité d’une personne.

Spoiler alert : c’est complètement faux.

Déjà parce que toutes les personnes avec un vagin n’ont pas d’hymen. Et ensuite parce que cette membrane peut se rompre de plusieurs façons qui n’impliquent pas un pénis. La virginité ne peut pas être prouvée scientifiquement.

La « virginité » est donc un concept patriarcal inventé pour imposer une norme. Pour contrôler le corps des personnes détentrices d’un vagin. Attention, je sais que certaines personnes font le choix de rester vierge par convictions personnelles, religieuses, ou autres, et je ne les juge pas. Chacune est libre de faire ce qu’ielle veut de son corps. Ce que je souligne ici, c’est l’injonction à la virginité pour les « femmes » afin qu’elles soient considérées comme « pures » ou « bonnes à marier ».

Capture d’écran du compte Instagram @healthyfeminism - Traduction : “A moins que tu sois de l’huile d’olive, ta virginité n’est pas une indication de ta valeur.”
Capture d’écran du compte Instagram @healthyfeminism – Traduction : “A moins que tu sois de l’huile d’olive, ta virginité n’est pas une indication de ta valeur.”

Enfin, j’ajoute que le « statut » d’une personne ne change pas simplement parce qu’elle a été pénétrée ou qu’elle a pénétré quelqu’une. Personne ne se définit en fonction d’une pénétration. Et pourtant, qui n’a jamais entendu quelqu’une se faire charrier parce qu’ielle était vierge ou puceau ? Comme si on devenait une « vraie femme » ou un « vrai homme » qu’une fois qu’on avait couché avec quelqu’une.  C’est non. A quel moment on donne autant de pouvoir sur nous-mêmes à une tierce personne ? Je ne suis pas d’accord.

Fun fact : à l’origine, le mot puceau n’existait pas. Il s’agit d’une féminisation de “pucelle” (pour une fois qu’un mot féminin est antérieur à son pendant masculin, il fallait que ça tombe sur celui-là, sans blague !)

Tout ceci pour dire qu’il faudrait vraiment arrêter de parler de virginité, de première fois et de sacraliser cette fameuse « première pénétration ». Nous sommes les seules à déterminer ce que nous choisissons d’appeler « notre virginité ». Les seules à décider quels sont les moments que nous souhaitons appeler « nos premières fois ». Car il n’y a ni règles ni normalité dans la sexualité.

Yleanna

Après trois années d'études de journalisme, j'ai fait un service civique en Équateur dans une association luttant contre les violences faites aux femmes.
Mon féminisme s'est construit aux côtés de ces femmes et de ma mère, présidente d'asso.

Grande gueule, j'adore les débats. Je suis aussi végétarienne, fan des gros chiens et de l'odeur des livres neufs. Et mes amies vous diraient que je suis une danseuse hors pair !

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